
Dix
ans plus tard, vos grands Bordeaux rouge 1993 sont-ils prêts à boire?
Mercredi 30 avril
2003, au
Restaurant "MAZERAND" à Lattes
Dans le Bordelais, 1993
fut surnommé l’année des chances déçues,
car au vue de l’été, tous les espoirs étaient
permis. Septembre et octobre vinrent noircir le tableau avec des
pluies diluviennes et des températures basses. Face à une
situation délicate, les viticulteurs furent conduits à récolter
rapidement et ceux qui opérèrent un tri conséquent
furent récompensés. Les rouges sont restés
longtemps sévères et durs, aujourd’hui ils
sont ouverts et davantage charmeurs. Acheté dès leur
sortie, ces grands vins de Bordeaux ont bénéficié des
meilleures conditions de conservation, 10 ans plus tard comment
se comportent-ils? Pour répondre à cette question
nous les avons goûtés à l’aveugle, dans
l’ordre suivant, en verre Spiegelaü “authentis”.
Un vin pirate du même millésime a été ajouté à la
liste.
Château
Léoville Barton, Saint Julien
Ce fleuron de l’appellation présente une robe grenat foncé impeccablement
brillante et limpide. D’un abord boisé et toasté, son bouquet
d’une grande intensité évolue vers des parfums agréables
de fruits rouges, de tabac de pipe, de vanille, de pain brioché. La
bouche ronde et séveuse reste cependant un tantinet sévère
et austère laissant paraître des tanins un peu durs et des notes
de sous bois humides en finale.
Château
L’Enclos, Pomerol
Ce château, modeste par sa réputation, a séduit l’assemblée
par son nez intensément gourmand de fruits rouges cuits, de chocolat,
de pain grillé et de jus de viande. La bouche ronde à souhait
reste souple et équilibrée sur un ensemble en demi-corps, agréable
et élégant.
Domaine la Réméjeanne “les églantiers”,
Côtes du Rhône ( 30 200 Sabran)
La couleur rubis pourpre, d’une jeunesse étonnante, ainsi que
son nez intense, riche, sudiste, développant des parfums de tarte à la
myrtille, de cassis, de laurier de réglisse, ont trahie quelque peu
le pirate de la soirée. La bouche superbement épicée et
vive, posant dès l’entrée des arômes de chocolat,
de cerise, de garrigue a enchanté les dégustateurs du moment
qui ont reconnu le terroir méditerranéen. La finale extraordinaire
de fraîcheur et de longueur fruité, fait de ce vin, d’origine
modeste, une excellente affaire à suivre pour l’amateur. Bravo à la
famille Klein.
Château
Palmer, Margaux
La robe grenat pourpre foncé présage le meilleur ainsi que le
nez, riche, raffiné, mêlant cuir, compotes de fraises, et herbes
rôtis. L’attaque en bouche est ronde mais rapidement le vin manque
de tenue. Maigre, il dégage des notes de vieilles futailles sur des
tanins asséchants. Sur cette bouteille, Palmer n’est pas, loin
s’en faut, à la hauteur de sa réputation.
Château
Grand Mayne, Saint-Emilion Grand Cru
Ce rouge perfectionniste annonce la couleur avec un délicieux bouquet
exubérant et culinaire! magret grillée, jus de viande rôtie,
poivre, champignon, pain toasté, torréfaction... la bouche est également
juteuse et hédoniste, riche, élégante, présentant
une belle matière boisée et équilibrée. Ce vin
encore jeune, d’une longueur remarquable fini en “queue de paon” par
une persistance de 12 secondes. Miam !
Château
Pape Clément, Pessac-Léognan
La robe est superbe, c’est la classe!. Le nez suit avec autant d’ampleur
sur des notes minérales immédiates, puis évoluant avec
finesse sur des parfums de vanille, de fruits des bois, de havane, de cuir,
de crème de café. La bouche est somptueusement racée et équilibrée
sur la fraîcheur d’arômes de cerises griottes et de pruneaux,
de grillé et de caramel. L’ensemble reste classique, sérieux,
une valeur sure à conserver encore 10 ans.
Château
Mouton Rothschild, Pauillac
Dans
le verre, la présence d’un “Grand” se
laisse deviner, robe profonde pourpre obscure. Le nez est merveilleux
de complexité et de finesse, laissant découvrir
les notes toastées, classiques des grands Médoc,
mais aussi les épices douces, le menthol, le cèdre,
le cuir neuf, le cacao, le poivre. En bouche rien ne dépasse,
c’est un jardin à la française, élégance
absolue, notes expressives de pain grillé, de viande rouge,
de goudron, de réglisse. Le bonheur aurait été parfait
sans un léger creux en milieu de bouche et une longueur
correcte mais ne dépassant pas 10 caudalies. C’est
tout de même remarquablement bon !
Château
Cos d’Estournel, Saint Estèphe
D’une
présentation sérieuse et parfaite, grenat pourpre
presque noir, le vin s’ouvre dans le verre par une incroyable
originalité et complexité aromatique, faite d’épices
exotiques, de viande de taureau grillée, d’agrumes,
de fleurs de magnolia, de garriguettes mûres, de sorbet
cassis...
La bouche est magnifiquement équilibrée, puissante et souple à la
fois, aux tanins de soie, riches, charmeurs et veloutés. D’une
longueur épatante, Cos 93 semble aujourd’hui à maturité et
pour encore de belles années.
Merci à tous pour
toutes ces belles sensations. Merci aux vignerons, au chef, Jacques
Mazerand, qui nous a régalé d’un délicieux “gigot
d’agneau rosé en sauce au Banyuls” et d’une “variation
de fraises du moment en sorbet et mascarponne.”
Encore une fois nous disons “Vive les grands Bordeaux !”, mais
dommage que l’on ne puisse pas en boire plus souvent !
