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Côtes
du Rhône septentrionales
-
contre
-
le
reste du Monde
Le jeudi 16
janvier 2003, au Restaurant "BISTROT
D’ARIANE" à Lattes
Les
vins provenant des appellations des Côtes du Rhône
dites septentrionales sont portées haut dans le coeur des “oenophiles
de tout rang. Il suffit de prononcer les mots de “Côte
Rôtie”, Condrieu”, “Hermitage”, “Cornas”...
et les regards s’illuminent, les nez se dilatent, les langues
claquent. La régularité qualitative exemplaire et
la rareté de ces produits en sont sûrement les principales
raisons. Il faut aussi admettre que le décor des spectaculaires
coteaux d’Ampuis et de Condrieu ou de la colline magique
de Tain l’Hermitage participe au choc émotionnel provoqué par
la dégustation de ces syrah pures, au goût de violettes,
de poivre et de cassis écrasé. Pour cette confrontation
amicale, nous avons sélectionné quatre belles expressions
de cette zone avec des vins venus d’autres horizons moins
tourmentés (quoi que...) mais tout autant savoureux. Les
vins ont été dégustés à l’aveugle,
non carafés, dans les verres Spiegelaü “vino
grande”, sur trois millésimes: 1996, 1998, 1999.
Crozes Hermitage
Paul Jaboulet Aîné “vieilles vignes” 1996
La série a débuté très fort avec cette cuvée
rare de la maison Jaboulet qui laisse admirer sa robe grenat foncé intense
et brillante. Le nez exhale avec précision des parfums de café grillé,
de fruits rouges mûrs, de jus de viande rôtie. La bouche est superbe,
tout en rondeur épicée, équilibrée en un savant
mélange de quiétude et d’énergie, l’excellente
fraîcheur de ce vin en fait un nectar parfait à boire aujourd’hui.
Hermitage Michel
Chapoutier “La Sizeranne” 1998
Avec l’Hermitage “la Sizeranne”on voit la vie en rouge, un
intense rubis-violine précisément. Les parfums de violette, de
fumé et l’amplitude de la bouche ainsi que ses notes minérales
nous situent sur un haut niveau qualitatif de syrah “nordiques”,
les tannins sont présents mais très fins presque doux, l’ensemble
est soyeux, l’équilibre est parfait. Sans doute, voilà “un
grand” qui peut encore attendre.
Côte Rôtie
Yves Gangloff “la sereine noire” 1999
On le surnomme le “troubadour du Côte Rôtie”(revue
In Vino n°2), C’est vrai qu’avec son air de rocker et de chanteur
engagé il n’y aurait rien d’étonnant à croiser
Yves Gangloff sur un scène au milieu d’amplis et guitares électriques.
Pourtant, même s’il possède un talent caché, nous
le préférons au milieu de ses plants de syrah ou de viognier,
dans la cave entre les barriques et les cuves à oeuvrer pour nos papilles.
Cette “sereine noire” 1999 serait plutôt du genre volubile
et ne se laisse pas dompter facilement. La robe profonde comme une nuit sans
lune, laisse envisager une redoutable concentration. Le bouquet confirme la
puissance de la bête ,avec ses notes de fumé, de mûres,
de viande grillée, réglisse, cacao, myrtille. La bouche cède
le pas car l’équilibre dégage un charme et une soyausité incomparable
au palais. Le monstre s’est assagi, les parfums d’épices
et de fruits abondent. La persistance est magique. C’est bon!
Hermitage Tardieu
Laurent 1999
C’est par un présentation opaque de couleur encre que ce présente
cette fabuleuse cuvée d’Hermitage. Le bouquet puissant évoque
les belles fins d’automne, les fruits mûrs, les épices de
cuisines, le jus de cassis et le fumé de viande. La concentration en
bouche est spectaculaire presque trop à ce jour, car sa jeunesse joue
contre lui, et développe des tonnes de matières, d’énergie
et d’arômes boisés. La longueur est phénoménale,
ce vin devrait bien tenir 30 ans !
Côtes-du-Roussillon-Villages
Domaine Gauby “muntada” 1996
Le soleil du Sud se fait sentir dans cette syrah catalane, non la moindre car
la “muntada” est aujourd’hui recherchée comme Jessie
James le fut en d’autres lieux et d’autres temps. Si le léger
trouble de la robe grenat-noire peut décevoir l’esthète,
le bouquet donne au nez-amateur, une leçon de fragrances méridionales
: olives, figues, mûres, cuir, réglisse... Une douce rondeur ensoleille
le palais de ses arômes de fruits rouges au sirop, de réglisse
douce, de griottes, de terre mouillée, la finale un peu chaude, reste
simple mais longue, longue...
Californie Qupé syrah “Bien
Nacido Reserve” Santa Barbara Country 1999
Ce domaine de la Santa Barbara valley en Californie centrale a été,
par l’intermédiaire de Bob Linquist, son propriétaire,
un des premiers à s’intéresser aux cépages de la
vallée du Rhône. Élevée plus de 16 mois en barriques
françaises (dont 1/3 neuves) cette syrah présente un caractère
policé, très parfumée de notes de cerises noires, de noix
grillée, de fumé et une bouche ronde, toastée, élégante,
aux tannins sucrés et au style international. Très riche, ce
vin ne peut que plaire à qui veut se familiariser aux syrah puissantes
du Rhône.
New Zeeland Te
Mata “Bullnose” syrah 1998
Cette syrah néo-zélandaise possède un style fort différent
des shiraz australienne et nous, consommateurs de l’ancien monde, ne
pouvons que nous en réjouir car ici, point de vanille ou menthol à outrance.
La robe grenat presque noire, le nez intense, aux notes de fruits des bois,
de cuir neuf, de poivre vert, sont la marque d’un vin riche vinifié et élevé avec
précision. Le potentiel de ce puissant “nez de taureau” est
considérable et devrait se développer dans les années
futures.
Vin de Pays de
l’Hérault Grange des Pères 1999
La filiation de la Grange des Pères avec les vins de la vallée
du Rhône nord n’est pas une hérésie car il ne faut
pas oublier que Laurent Vaillé à pour maître Gérard
Chave. Ici la couleur possède une réelle intensité dans
le pourpre, tout comme le nez qui s’exprime sur une mosaïque de
parfums allant de la griottes au cuir brûlé, du pain grillé à la
réglisse, des quatre -épices au cake au raisin. Modérément
tannique, moyennement corsée, la bouche est fabuleusement concentrée,
c’est une essence de fruits noirs nuancée de terre et d’épices
orientales. La finale savoureuse et fraîche laisse le souvenir de l’élégance
et de la race. Pour conclure et à la dégustation de ce 99, les
vins de la Grange des Pères n’usurpent pas leur réputation
de très grands vins de France.
