
Château
des Estanilles... la verticale
Jeudi 20 janvier 2000
Au Restaurant Le MAZERAND à Lattes
Michel LOUISON a abandonné son
métier d'électricien en bâtiment et sa
ferme en Savoie, pour se retrouver, en 1976, à la tête
d'une vingtaine d'hectare de vignes plus ou moins abandonnées, à Lenthéric
en pays Faugèrois, et ça n'a pas été tous
les jours facile
Aujourd'hui, n'en déplaise à sa modestie, il est considéré comme
un des plus talentueux vignerons de France et fait figure de Maître
pour les jeunes qui s'installent. Les oenologues, les sommeliers et amateurs
oenophiles qu'ils soient de Montpellier, de Tokyo, d'Amsterdam ou de New
York cherchent à goûter le plus souvent possible le "Château
des Estanilles" et notamment la "Cuvée Syrah". Aussi,
plus qu'un honneur, ce fut un réel plaisir de partager cette dégustation
avec Monsieur Louison et sa fille Sophie, venus à ma demande, commenter
cette verticale de la fameuse "Cuvée Syrah".
Pour cet événement, nous avons choisi de débuter la
dégustation par les anciens millésimes pour finir par les
plus récents, carafés au préalable. |
1988 
La robe apparaît très jeune, grenat intense aux reflets noirs.
Le nez s'exhibe avec facilité et développe des parfums subtils
de cerise noire, de cacao, d'épice... L'attaque ronde et souple en bouche
perd un peu d'énergie en faisant ressortir un léger déséquilibre
acidité-tannins. La riches-se aromatique donne à ce vin une très
agréable finale réglissée, de notes de tabac et de garrigue.
Du fait de la jeunesse des vignes, il ne peut prétendre à une
grande garde et je pense qu'il fut meilleur.
1989 
La nuance grenat cuivré de la robe présente, sans le trahir,
la marque d'un millésime chaud et ensoleillé. Le nez intense
se révèle original par ces parfums floraux, de menthol, d'épices
douces et d'herbes mouillées, c'est élégant, presque exotique.
La bouche moins aromatique que le précédent gagne en équilibre.
Son grain plus fin, ses tannins fondus et délicats, bref sa matière
donnent à ce jus de syrah, un charme tout en élégance
et fraîcheur.
1990 
D'un rouge pourpre grenat, profondément colorée, la robe se fait
séductrice. Avec un bouquet énorme de fruits rouges confits,
de torréfaction, de fourrure, d'herbes odorantes du maquis, le nez prépare
de la meilleure des façons à l'ampleur et à la sensualité de
la bouche. la matière est souple tout en rondeur, sans débordement
de puissance mais avec élégance et classe. Tannins fondus, belle
finale d'eau de vie, effluves de Havane, c'est un vin à déguster
doucement, installé dans un fauteuil profond, le chat sur les genoux
et se laissant porter par la douce lumière d'une flambée de cheminée.
(déjà dégusté le
24/11/92 "les Géants du Sud" noté ****(*))
1991 
La robe rouge grenat est intense, très intense. Pour le nez, "pagnolesque",
c'est une suite de parfums de réglisse, d'olives , de cassis cuit puis
de sous-bois discret , de "tabatière en bois exotique". puissant
et rond en bouche, ce millésime ne faiblit pas une seconde , un poil
moins racé que le précédent, il joue sur les rondeurs,
la matière sensuelle, la chair du vin, le tout sur une finale vibrante
d'épices et de poivre rose (fruité) ... Superbe !
(déjà dégusté le 31/01/98 "Vins du Sud, 7
ans plus tard.. 1991" noté ****)
1992 
La jolie couleur séductrice tendrement
violette, indique une parfaite conservation de la bouteille. Mal
habitué par les précédents (!),le nez soufre
d'un boisé un peu trop présent, plus simple et plus "moderne",
il reste franc, typé syrah, poivré, fruits noirs,
zan, cuir neuf. Délicieuse et d'une grande souplesse, la
bouche satisfait aujourd'hui nos palais par ses arômes bien
présents, sa texture, son élégance. A boire
maintenant, pour des plaisirs non intellectuels.
(déjà dégusté le
5/03/99" vins du sud, 7 ans plus tard... 1992" noté ***)
1993 
L'année de la grêle ! la vendange a demandé un travail énorme,
rapide et un trie déchirant. 50% de la récolte perdue, reste
le vin...
La robe est intense presque noire. Le nez est concentré, riche, austère,
parfums "estanillant"de garrigue et de syrah, la bouche puissante
présente une matière énorme et épaisse.. de la
mâche. L'équilibre semble parfait, même Si "on sent
le raisin stressé" affirme Michel LOUISON. Notes de violettes,
de sang, de torréfaction, de griottes, de tabac blond, les arômes
sont généreux. Il est possible d'attendre encore, c'est long
!
1994 
D'une couleur grenat pourpre intense, la robe évoque
la puissance du nectar de schiste. Egalement intense, Si ce n'est
davantage, le nez évoque la cerise noire, le poivre, le
laurier, le fumé, la violette presque avec violence. Sur
le même registre, la bouche prend le relais sans faiblir,
riche, équilibrée, glycérinée, tannique,
racée. la longueur interpelle (8/9). On aime sans compter
et il n'est pas interdit d'en cacher derrière les fagots.
1995 
Superbe robe rouge grenat profonde. Très frais, le nez empyreumatique évolue
vers des parfums d'épices, de violette, d'eucalyptus. La bouche est
riche, ronde, marquée par les arômes de garrigue et des notes
de grillé. C'est un vin corsé à attendre mais déjà harmonieux
et gourmand, d'une grande classe il réclame une cuisine de caractère
méditerranéen.
(déjà dégusté le 22/04/99 "les meilleurs du
LANGUEDOC" noté ****)
1996 
La robe "annonce la couleur": pourpre intense profonde. le verre
déborde de parfums de cerises noires, de réglisse et d'épices
poivrées, et d'arabica . La puissance persiste en bouche et les arômes
se conjuguent avec l'équilibre pour donner une impression de velouté et
de gras particulièrement recherchée par l'amateur épicurien.
On ne peut résister... Grandiose!
1997 
D'un rouge-rubis intense et brillant, le verre développe, tel un concerto
pour orchestre, une pléiade de parfums aussi nombreux que fins, aussi élégants
que nets. C'est indéniable, 97 est une réussite. Sur le même
format que le millésime précédent, il doit patienter quelques
années dans votre cave et enivrera de beauté les vrais amateurs "d'Esprit
Languedocien".
1998 
D'une mise en bouteille très récente, ce bébé est
plus que charmant . Joufflu, il laisse envisager une carrière de jeune
premier doué d'une puissance propre au millésime. Comme toujours
le vin est remarquablement équilibré et fait preuve d'une excellent
acidité qui fait parfois défaut sur les schistes noirs de Faugères.
Ici pas de problème, c'est long, gras, net, tannique, à réserver
de toute urgence!
Qu'elle série! Onze vins qui nous ont
raconté l'histoire d'une des plus belles décennies
du siècle. Le Languedoc gagne dorénavant la reconnaissance
qualitative des amateurs du monde entier et la famille LOUISON
y a contribué grandement.
Mille bravos et encore merci pour tout ce plaisir.
Votre dévoué,

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