
Château
Léoville Las Cases, la race des seigneurs
Voici
pour les nostalgiques, l’intégrale des commentaires de
dégustation qui eu lieu le samedi
25 juin 1992 à mon
domicile dans le cadre du club l’Epicuvin.
“... Léoville las Cases produit un très bon vin, quel
est son secret ?
Bien sûr à l’origine il y a un sol adéquat, une association
ingénieuse de cépages, et des techniques de vinification et de
maturation appliquées avec intelligence et passion. Mais on rencontre
aussi un homme qui non seulement aime son vin mais de plus qui est déterminé et
dont les buts sont les suivants : aucun produit de seconde qualité ne
sort de la propriété étiqueté “grand vin” ?
Il se donne les moyens en main d’oeuvre, en trésorerie. Il assure
que rien n’est laissé au hasard et que tout est fait pour que
le vin soit aussi parfait que possible?
L’homme qui se cache derrière le Château Léoville
las Cases, c’est Michel Delon*; un des rares “propriétaires
récoltants” dans le Médoc, c’est à dire qu’il
cumule à la fois le rôle de propriétaire et celui de directeur
général... Il est imprégné par le vin, à la
fois traditionaliste et prêt à tenter de nouvelles expériences.
Quand il s’exprime, comme par exemple, en ce qui concerne un petit millésime
tel 1987, seule la moitié de la récolte devait passer en fût
neuf car même un vin charpenté et musclé comme Léoville
las Cases, aurait été excessivement boisé, trop boisé.
Vous pouvez parier qu’il ne s’agit pas d’une vaine affirmation:
il a testé et goûté et a prouvé qu’il avait
raison....” Clive Coates (1989)
Dégustation verticale du Château
Léoville las Cases (2ème Grand Cru Classé -Saint Julien)
1987
Rouge tendre. Arômes confits, boisés, grillés, champignons.
Les tanins sont encore vifs, la bouche est pleine. On note déjà la
marque de l’élégance et l’absence de faiblesses supposées
par le millésime. Plat conseillé par un de nos dégustateurs
: lièvre à la royale.
1985
Le vin accompli ! “équilibre royal”. Robe vive et harmonie
parfaite entre nez et bouche. Café, cacao, réglisse, cuir, menthe.
Matière et longueur impressionnante, “un étalon”, “un
concentré de plaisir...”, “J’ai plus de vin” s’écria
une des dégustatrices lorsqu’on lui demanda son opinion!
1983
Autrement séduisant. Rubis profond, arômes de fruits confits, épices,
poivrons, mâche impressionnante, souplesse, acidité (de réserve),
structure plus serré avec une très grande fraîcheur. “On
le suppose immortel”,“Finale divinement épicée”, “Merveilleux
! peut tout accompagner...”
1979
Dans la section “vins évolué, à maturité”,
compartiment “très grande classe”
Reflets tuilés, arômes coing, pâtes de fruits, roses fanées,
fruits secs grillés. Bouche extrêmement subtile, fondue et merveilleusement élégante. “incomparable
classe bordelaise”,“ l’art consommé du vin à son
apogée”.
1978
Même section. Robe à peine plus pâle, reflets bruns typiques.
Arômes de fraises, cuir, cacao, caramel, comme pour le 1979, rappel de
notes en bouche avec en plus du végétal: lierre, menthol, thym.
Même élégance, longueur sensiblement identique. Matière
vive d’un vin “ bien né ”. “Ampleur géniale”, “Style
vieille France”.
Plat conseillé par notre spécialiste en gastronomie: poularde
en demi-deuil.
1970
Un des millésimes du siècle. On perd le vocabulaire devant un
vin de cette classe. Hors-classe peut-être... tant l’harmonie règne.
Robe à peine froissée par le temps. Nez et bouche d’une
complexité unique. Tous les arômes classiques sont là,
se complétant de façon magistrale .Ce ne sont pas les arômes
presque exubérants qui nous ont séduits sur le 83 le 85 et même
le 87, non plus ceux plus classiquement élégants des 78 et 79,
mais peut-être le résultat d’un assemblage de deux tendances.
Comment traduire un vin parfait ? Oserait-on le comparer à une autre
oeuvre d’art "achevée” exactement ? Chacun de nous
aura sans doute ses propres références comparatives. Permettez
moi d’en énoncer une: “la Cène” de Léonard
de Vinci, fresque exposée à Milan et dont Henri James disait “une
oeuvre conçue avec une pareille noblesse ne peut jamais mourir tout à fait”
Il nous reste notre mémoire gustative. Souvenir d’une trame magnifique.
Inoubliable ampleur.
(tous ces vins sont à boire entre 1990 et 2013 c/o Clive Coates)
- Comment résumer une dégustation d’un tel niveau ? (merci
Monsieur le Président).
- Il faut d’abord souligner l’incroyable
constante de la très
haute qualité du vin d’un millésime à l’autre.
- Énoncer
les multiples arômes à la fois généreux
et nuancés.
- Définir cette harmonie pleine et élégante.
- Rappeler
que “second cru classé” ne traduit qu’imparfaitement
le rang et la race des premiers.
- Apprécier l’alliance
heureuse et savante d’un terroir
exceptionnel, de vignes soigneusement menées et la main
d’un
vinificateur de talent.
- Pratiquer l’hédonisme couramment.
Merci à Vous
Alain Asselin et Daniel Roche
(commentaires rédigés le 28 juin 1992)
* Michel Delon est décédé en Juillet 2000 et son décès
a laissé un grand vide. Aujourd’hui le domaine est entre les mains
de son talentueux fils Jean Hubert qui bénéficiant de l’enseignement
et de l’expérience de son père continue la lignée
des vins grandioses initiée par celui-ci. (ndlr)
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