
Pas Facile...
le Mourvèdre
Jeudi 19 Octobre 2000, au
restaurant "LE
MAZERAND" à Lattes
Le Mourvèdre est une des variétés
les plus anciennement cultivées en Provence, et les vignerons
de la région avaient même fini par la considérer
comme indigène sans doute à cause de sa parfaite
appropriation aux conditions climatiques et culturales du pays.
Cependant, il n'en est rien, comme le carignan et le grenache,
son origine paraît être ibérique. Il porte de
jolis surnoms comme: "espar" dans l'Hérault, "plant
de Saint-Gilles" dans le Gard, "mataro' dans les P.O,
ou "étrangle-chien" en Provence. Nous avons goûté ce
soir, quelques uns des meilleurs Mourvèdre disponibles en
cépage pur dans notre région... et ailleurs.
Carafés deux heures avant, les vins ont été servis à l'aveugle
dans cet ordre; en voici quelques commentaires.
Château des Estanilles (rosé)
Michel Louison family Faugères 1996 
La grande cuvée rosé du Château des Estanilles est toujours
un étonnement pour les dégustateurs, même avertis. Sa robe
rose soutenu saumonée, son nez intense de fruits mûrs, de cerise,
de cannelle, sa bouche large et grasse déroulant ses arômes de
foins coupés, de pâte de coing, de vanille, de tabac blond, sa
longueur, en font un vin unique, superbe, incomparablement voué à la
gastronomie.
DOMAINE LE CLOS DES CAZAUX "cuvée
mataro"Jean Michel Vache Côtes du Rhône 1994 
Le Mourvèdre n'est pas forcément à l'aise dans la Vallée
du Rhône. À Vacqueyras, le Clos des Cazaux vinifie certaines années
un cuvée à dominante "mataro". Si la robe séduit
par son drapé grenat intense à reflet orangé, et si le
nez donne dans le registre épicé, mentholé et cuir ancien,
la bouche semble d'un autre temps, végétale, maigre et finissant
sec. Le millésime n'était pas facile et ce vin devait être
un vrai plaisir à boire jeune.
Domaine Arnal "cuvée frédéric" Henri
Arnal et fils Coteaux du Languedoc 1997
Frédéric Arnal est un des fils de la maison et il a donné son
prénom à cette cuvée composée en grosse partie
de Mourvèdre. La robe rouge rubis intense exhibe encore des nuances
violacées. C'est les cerises noires, le cacao, le gratin de fruits rouges
qui dominent un nez exubérant et gourmand. En bouche la matière
ronde, fraîche aux tanins fins et élégants en font un vin "bien
balancé", à boire.
CHÂTEAU PIBARNON Comte de Saint-Victor
Bandol 1997
La robe impose le respect, intense et profonde. Le nez, sérieux, ne
se laisse pas apprivoiser, et libère des parfums minéraux d'encre
et de pétrole ainsi que de réglisse. La bouche est magnifique,
comme peut l'être une chapelle romane, ferme, profonde, racée.
Un vin Janséniste à ouvrir dans 10 ans. Grand Vin et Grande émotion
dans l'assemblée.
CHÂTEAU DE CAZEUNEUVE "le sang
du calvaire" André Leenhardt Pic-St-Loup 1997
"C'est de l'encre violette" lance un participant, "oui mais à reflets
noirs". Le nez déroule un tapis rouge aux parfums de café grillé,
de
fruits caramélisés, d'olive, de pain d'épices, de Zan.
La bouche en rajoute par sa rondeur, sa matière chaleureuse, animale, épicée,
et sa persistance jouissive. Ce Pic-St-Loup pourrait bien être planté du
coté de Thélème. Bravo!
JADE MOUNTAIN "Mourvèdre" Contra
Consta County (USA) 1997 
C'est une très belle robe brillante pourpre aux reflets de cuir jaune
qui prélude à un bouquet complexe et original, aux notes de griottes,
de figues sèches, d'eucalyptus, cuir neuf. Malgré une matière
moyenne, la bouche roule tel la batterie d'Art Blakey dans un crescendo impressionnant
et finit sur des sensations fraîches d'herbes coupées, de fruits
rouges, d'arabica, de tabac de pipe. Un vin à croquer, épatant.
CHÂTEAU LA NÉGLY "l'ancély" Jean
Paux-Rosset Coteaux du Languedoc 1998
"On dirait de la syrah"dit un dégustateur observant le violet
pourpre de la robe, et bien non ! c'est bien du Mourvèdre. Le nez nous
remet sur la piste d'un vin intensément aromatique, racé et profond
par ses parfums de fruits des bois, de crème caramel, de cacao, de réglisse
et d'aromates de garrigue. L'équilibre sphérique de la bouche émotionne
le groupe qui vibre devant ce vin puissant, à la matière riche
d'extraits, à l'élevage sophistiqué et sexy, à la
longueur impressionnante, Un vrai vin du SUD, séducteur sous sa robe d'évêque.
Domaine Léon BARRAL "la valinière" Didier
Barral Faugères 1996 
D'un rouge grenat intense aux reflets orangés, le vin donne également
en nez des signes d'évolution: fruits confit, vieux livres, sous-bois.
La matière reste ferme en bouche, sérieuse, intense et laisse
passer des tanins rudoyants. On pourra se régaler en buvant sans tarder
ce Faugères avec une viande en sauce, gibier de préférence.
CHÂTEAU PRADEAUX Héritiers Comte
de Portalis Bandol 1988 
Placé volontairement en dernier, ce nectar noir de plus de 10 ans se
devait d'affirmer sa renommée de grand vin de Mourvèdre. Ce soir
il n'a pas réussi , malgré un bouquet intense de compote de fruits
noirs, de térébenthine et d'écorce d'orange, la bouche
manquait singulièrement de conversation... À regoûter dans
10 ans ? allez...
La soirée s'est
clôturée dans la belle gastronomie grâce à Jacques
MAZERAND et sa pintade fermière en sauce aux champignons
d'automne et ses desserts toujours somptueux.
Merci à toutes et à tous,
