SYRAH face au CABERNET
SAUVIGNON: a perfect match!
Le mardi 17 et jeudi 19 décembre 2002 à la
Closerie à Montpellier

C’est
une dégustation d’exception qui nous a ccompagnés
pour terminer 2002 en beauté. Au cours des deux soirées
nous avons pu comparer une quinzaine de vins de haut niveau à dominante
de l’un ou l’autre des cépage précités.Toutes
les bouteilles ont été servies dans l’anonymat
et certaines (précédées d’une astérisque)
ont participé aux deux séances. le thème portait
sur deux millésimes 1994 et 1998.
En voici les meilleurs moments.
- 1994 -
Crozes-Hermitage Domaine Graillot “la guiraude”
Les vins d’Alain Graillot sont tous, en 1994, souples, soyeux et excessivement
gourmands. La cuvée “la guiraude” est une sélection
des meilleures barriques de ses crozes et n’est pas proposée tous
les ans. D’un rouge grenat pourpre orangé, le vin prépare
le dégustateur par son bouquet intense, largement marqué par
la maturité des raisins. Très ronde et gourmande, la bouche est
accompagné d’arômes de fruits rouges, de bonbons à la
violette, de terre mouillée, de cerises noires. Les tannins sont maintenant
fondus et le vin se laisse boire... “comme du petit lait!”.
Saint-Julien Château Léoville las Cases 
Le vins de Michel Delon compte assurément parmi les meilleurs du Médoc
voire même de France, tant ils sont, par leur régularité apprécié par
tous les amateurs qui courent sur la planète à la recherche des
perles rares. Las Cases a fait l’objet d’une verticale au club,
en 1992, il est malheureusement plus possible aujourd’hui d’y accéder
car les prix se sont envolés vers des cieux où n’habitent
que des collectionneurs milliardaires ou des stars de cinéma en mal
d’émotions fortes et de frimes. Ce 94 est d’une ampleur
et d’une richesse superbe. Même si aujourd’hui il ne se laisse
pas apprivoiser facilement, il présente une profondeur en bouche et
une complexité aromatique qui lui donnent un délai d’au
moins deux décennies d’avenir resplendissant.
Coteaux du Languedoc Domaine Peyre Rose “Syrah Léone” 
Domaine Peyre Rose “clos des cistes”
Les vins de Marlène Soria sont devenues fascinants depuis le millésime
1994. C’est avec une robe noire qu’ils se présentent et
un bouquet des plus intense. Les deux cuvées sont typées de leur
région avec des notes de cassis, de garrigue, d’épices,
de cade. Leur élevage se fait également sentir (café,
cacao, camphre..) mais avec précision et discrétion. Ce qui importe
ici c’est la matière, la nature qui a produit ces vins formidables.
Si la “léone” est puissante et énergique nous avons
beaucoup aimé l’équilibre, la finesse et la netteté aromatique
des”cistes”, son caractère méditerranéen élégant,
son impression de fraîcheur et de soleil réunis.
Pauillac *Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 
Ce grand cru de Pauillac qui jouxte Latour, a déjà fait aussi
l’objet d’une verticale à l’Épicuvin, c’était
en juin 1993 et j’en ai gardé le souvenir tremblant d’un
1955 frétillant de jeunesse et surtout d’un 1982 hallucinant de
pureté. Certes 1994 n’est pas un millésime du même
niveau mais dans ce contexte difficile, les vins de Madame de Lencquesaing
sont magnifiquement bien réussis. La robe est grenat opaque. le nez
est superbement riche et parfumé, on y trouve des notes de fruits confiturés,
d’épices de viande grillée, de cacao... C’est en
bouche qu’il dévoile sa présence élégante.
Structuré, tannins soyeux, belle longueur pure et savoureuse, ce vin
est prêt à boire mais se dévoilera encore pendant au moins
une dizaine d’années.
Bolgheri Sassicaia Tenuta San Guido “Sassicaia” 
Ce vin toscan, uniquement composé de cabernet sauvignon, est devenue
en quelques années un mythe absolu, aprés avoir plusieurs fois“battu”des
1er grand cru du Médoc ! De plus il est difficile de s’en procurer à coût
raisonnable, aussi pouvoir goûter ce vin de passion est une occasion
rare qu’il ne faut en aucun cas laisser passer (en novembre 2001, le
1996 fut noté *****). Ce 1994 est en tout point admirable. Sa robe tire
vers le grenat légèrement orangé, son nez se révèle
absolument renversant par ses notes de fruits noirs confiturés, de jus
de viande rôtie, de caramel, de poivrons confits d’épices
exotiques. La bouche sans être d’une concentration énorme
s’ouvre doucement et sereinement pour finir en feu d’artifice dans
une persistance qui prête à vive émotion (près de
20 secondes!).
Rioja Baron de Chirel (tempranillo)
Ce fut le “pirate du jeudi”. Avec sa superbe robe grenat-noir profond,
son nez intensément bouqueté, boisé en première
approche puis s’ouvrant sur de belles notes épicées, fruitées,
vanillées, torréfiées, fumées. Il n’a pas
trompé l’assemblée qui, en majorité, a décelé sa
non-appartenance aux cépages “français”. La bouche
est épatante, puissante et velouté un poil rustique mais souple.
Ce régal en bouteille est à conseiller à ceux qui pensent
qu’il n’existe pas de grands Rioja.
- 1998 -
Madiran Domaine Viella (tannat)
Le pirate choisi pour le mardi soir a tiré de très belle façon
son épingle du jeu. Provenant d’un domaine peu médiatique,
ce madiran a tout pour satisfaire l’amateurs de grands vins rouges: sa
robe violacée opaque, son nez intense de fruits mûrs écrasés,
de brioche et d’herbes rôties. Même si elle présente
des notes rustiques, la bouche est droite toute en rondeur, d’une matière
lisse et d’une musculature puissante qui devrait s’assouplir dans
les années à venir.
Saint-Estèphe Château Cos d’Estournel 
Le Château Cos d’Estournel n’est plus, depuis 1998, la propriété de
la famille Prats, cependant Bruno Prats reste maître à bord et
continue dans la lignée des années 90 à produire des vins
magnifiques. Issu de seulement 45% de la production en 1998, là le vin
se retrouve plus concentré et riche que nombreux autres grands noms
du Médoc, Sa robe profonde, son nez luxueux de fruits des bois, de cuir,
de truffe au chocolat, de morilles, s’ouvre doucement avec une netteté et
une superbe élégance. L’ensemble qui suit en bouche révèle
une ampleur et une énergie enthousiasmante pour le futur. Voila un “grand”,
assurément.
Côtes du Roussillon Village Domaine Gauby “Muntada” 
En un temps très bref, la “muntada” est devenue la star
du Roussillon, c’est aussi pour cela qu’elle est devenue très
chère. Provenant d’une sélection de 80% de syrah à très
faible rendement, sur les coteaux calcaires près de Rivesaltes, Gérard
et Ghislaine Gauby ont su donner à leurs vins la profondeur et la race
qui signent les grands crus. La robe rubis-noir impressionne déjà dans
le verre et précède un bouquet intense de fruits noirs, de garrigues,
de jus de viande, de pruneaux confits. En bouche, c’est une texture superbe
qui attend le palais du dégustateur chanceux. Riche, empyreumatique,
finale épicée et longue, tout porte à croire qu’il
n’y pas urgence à ouvrir d’autres bouteilles, si ce n’est
l’assurance d’un plaisir déjà présent.
Pessac Léognan Château Pape Clément 
Pape Clément se présente comme le dauphin du grandissime Haut-Brion,
depuis quelques années il se pourrait bien qu’il dépasse
le maître. En effet le 1998 a frappé les dégustateurs présents
par son ampleur aromatique et le caractère soyeux et profond de ses
tannins. Dans l’immédiat, il exhale de puissants parfums de mûres,
de réglisse, de tabac blond, de crème de marron, de menthol.
La bouche se révèle parfaitement équilibrée, étonnamment
douce et savoureuse, son amplitude et sa longueur en font un vin prodigieusement
réussi.
Australie *Cape Mentelle (Margareth River)
Le cabernet de Cape Mentelle n’est plus une découverte pour les
amateurs du club car il avait fait sensation lors de la soirée consacrée
au grands cabernets du monde en juin dernier. Il était intéressant
de le re-déguster en compagnie d’autres “bombes” et
il n’a pas failli à sa réputation de grand séducteur.
Voila ce que j’écrivais alors : “... D’une robe pourpre
opaque et noire, il laisse apprécier un bouquet intense pur et doux
de cassis, de mine de crayon, de chocolat amer, de vanille et de menthe. D’une
texture ronde et soutenue, la bouche est très généreusement
dotée et déploie d’irrésistibles arômes de
fruits noirs et de moka grillé. Gras et corsé, il cache la puissance
de ses tannins dans une longueur fabuleuse. C’est un vin énorme
qui déborde de richesse et de fruits et constitue un véritable
tour de force de la part de ses vinificateurs...” je ne changerai pas
une virgule!
Coteaux du Languedoc-La Clape *Château La Négly “Porte
du Ciel”
Le grand vainqueur toute catégorie de ces deux soirées est sans
conteste la cuvée “porte du ciel” du Château de la
Négly à Fleury d’Aude, car elle a mis tout le monde d’accord
: les esthètes de la syrah comme les simples amateurs de bons vins que
nous sommes. Que dire sur cette extraordinaire cuvée d’un rendement
de 14 hl/ha, ramassée a forte maturité, triée avec la
précision d’un horloger, vinifiée et elevée sous
bois neuf pendant près de deux ans, si ce n’est que le résultat
est stupéfiant. Son bouquet expose puissamment ses notes de fruits cuits,
de liqueur de cassis, de pâtisserie au beurre, d’épices
et de Cohiba. D’un corps énorme, la bouche regorge littéralement
d’arômes de fruits noirs, d’épices et de torréfaction.
La matière n’empêche pas la finesse et sa texture velouté de
se laisser dors et déjà largement apprécier.
Merci à tous, et que les années futures nous réservent
ancore d’aussi belles soirées.
Bien amicalement,
