
Voyage
en Sicile
17 mai 2002
"Saperlipopette,
le capitaine nous a fait faux bond !" Tant pis, nous sommes
partis sans lui...
Une semaine pour découvrir la Sicile, la plus grande île de la
Méditerranée. Très reconnaissable par sa forme elle baigne
ses trois côtes dans la mer Tyrrhénienne au nord, la mer Ionienne à l'est
et la mer d'Afrique vers le sud-ouest. Relativement peu connue des Français,
quelques stéréotypes collent à la peau de cette superbe
région, qui se résume dans la formule : Sicile = Mafia + Etna
+ Marsala.
Nous avons donc entrepris le tour de cette île et allions lui découvrir
bien d'autres facettes.
C'est de Marseille
que l'avion a décollé pour qu'une heure et demie
plus tard, nous atterrissions sur l'aéroport Falcone de
Palerme. Le parfum de l'île nous attendait à la réception,
baigné de l'air de la mer et des garrigues environnantes.
Nous étions vendredi 10 mai, il était 21 heures quinze.
Bagages en main, ce ne fut pas difficile de récupérer
le véhicule loué qui patientait sur le grand parking
AVIS. Mais il fallut se rendre très vite à l'évidence:
le superbe monospace Opel Zafira gris métallisé,
ne suffirait pas à notre petit groupe et à nos bagages. À 23
h nous repartions vers le bureau de location pour exposer notre
problème. Après quelques palabres et explications
italiano-anglo-françaises, c'est avec le sourire réconfortant
des italiens que le directeur de l'agence nous proposa une deuxième
voiture, offerte pour la semaine. Pour remercier le gentlemen,
je lui offris une bouteille de blanc de Limoux emportée
avec d'autres, pour d'éventuels cadeaux à l'habitant.
Et c'est par une explosion chaleureuse de joie provoquée
par le modeste flacon, que s'ouvrait toute grande la route palermitaine.
Il était près de minuit et il nous fallait maintenant
rejoindre l'hôtel, situé de l'autre coté de
la capitale sicilienne. Un coup de fil pour prévenir et
une petit repas froid nous attendait à la Villa d'Amato,
siège de notre première étape.
Le voyage commença
vraiment le samedi par la visite du village de Monréale à 8
km au sud de Palerme et de son extraordinaire cathédrale où se
déploie un cocktail foudroyant d'architecture islamique,
byzantine et romane; véritable enchantement avec son cloître et
ses incroyables mosaïques dorées qui recouvrent la
totalité de l'intérieur de la basilique et du dôme.
C'est à Cefalu,
petit village de pêcheurs mignon comme tout, que nous déjeunâmes
dans une tratoria. Baignés bleu du ciel et de la mer sur
la terrasse surplombant les flots, nous nous régalâmes
d'un repas tout de poisson et de pasta locale. Le premier vin dégusté alors
fut le simple blanc de Corvo, domaine important de la région
de Palerme, très accessible et savoureux. Juste avant il
faut avouer que nous avions déjà ouvert le bal avec
la visite d'une délicieuse cave à vin le petit
tonneau tenue par une française, pas avare en dégustation,
qui nous fit goûter, muscats de panteleria, marsala, et autres
liqueurs d'agrumes et de figues... suite au déjeuner, une
promenade, des glaces et le café pris sur la place, nous
permirent d'observer la vie de cet adorable village de bord de
mer.
Le lendemain, c'est dans
la cité de Taormine, accrochée à la falaise
bordant la mer Ionienne, que nous passâmes le gros de la
journée; grands moments avec notamment la visite du théâtre
grec, cher à Woody Allen pour y avoir tourné plusieurs
séquences de films. Une averse nous fit rabattre dans une
pizzeria, en terrasse abritée et nous goûtâmes
là, un vin rouge du domaine Donnafugata, fruité et
souple se mariant sans problème aux pizze siciliana.
Le soir fut une étape
superbe car nous posâmes nos valises dans un palace 5 étoiles
situé sur les pentes de l'Etna. À cet endroit,
le spectacle vu des fenêtres et surtout de la terrasse est à couper
le souffle tellement c'est beau. Dans le parc, un piscine d'eau
très chaude, sortie certainement du ventre de la terre,
permit à trois d'entre nous de se plonger dans un bain aussi
exceptionnel que reposant.
Le lundi matin de bonne
heure, nous partîmes à l'assaut du volcan! Ce n'est
pas sans une certaine appréhension que nous entamâmes
la grimpette du géant. Passant par Nicolisi, l'ascension
dura jusqu'au dernier refuge où nous empruntâmes un
mini bus 4 x 4 pour monter jusqu'à 2700 mètres d'altitude.
Enfin, c'est à pied, tel des montagnards de l'impossible,
que nous continuâmes, entre les fumerolles et plaques de
neiges, enjambant les blocs de lave juste refroidis, entre deux
raclements de gorge et quintes de toux provoqués par les
vapeurs de souffre... Séquence Émotion dans
ce lieu unique entre ciel et nuages, entre lune et désert
noir !
Nous descendîmes
ensuite au niveau de la mer à Catane, ville peu avenante,
pour déjeuner à la Lampara, excellent
restaurant specialità di mare, avant de filer vers notre
prochaine étape.
Syracuse a une énorme réputation mais
c'est en fait une ville bruyante sillonnée en tout sens
par voitures et scooters au milieu d'immeubles modernes et banals.
Son histoire (fondation au VIIeme siècle av JC) jaillit
en son plein centre, car la cité est disposée autour
de l'antique quartier Néapolis, où grecs et romains
ont laissé leurs traces immuables. On y découvre
au milieu d'arbre de fleurs et de citronniers, un théâtre
grec, un amphithéâtre romain (ruineux), un autel à sacrifices
et la fameuse oreille de Dionisio (rien à voir avec
Dyonisos). Mais l'endroit magique de la ville, c'est l'île
d'Orthygie, attachée à la terre par un pont d'une
centaine de mètre, c'est sa base moyenâgeuse. L'ancienne
voirie y a été conservée, et au détours
d'une ruelle on tombe sur des palais, des fontaines dont celle
mythique d'Aréthuse, la promenade du bord de mer ou la cathédrale
sur la place centrale. Une visite nocturne est un moment délicieux,
car tout y est calme et volupté. Notre retour à l'hôtel
fut semé d'embûches assez rigolotes et la maréchaussée
locale dut nous aider à retrouver le chemin du Park
Hotel dans un fou rire que certains ne sont pas prêts
d'oublier.
Piazza Armérina est
surtout renommée pour sa villa romaine exilée dans
sa banlieue champêtre. L'endroit est exceptionnel car cette
villa, résidence secondaire de l'empereur Maximien, fut
habitée jusqu'au moyen âge puis
ensevelie
par une coulée de boue. Redécouverte récemment,
elle fait découvrir plus de 4000 m2 de mosaïques merveilleuses
jusqu'à la lassitude. On y découvre en un rythme
soutenu en se frayant un chemin parmi les visiteurs, des scènes
de chasse, l'embarquement des bêtes pour le cirque, des éléphants
timides, un tigre devant un miroir, une déesse bleu renaissant
de ces cendres, des bacchanales et même des scènes
sportives qui nous confirment que les romaines portaient déjà le
bikini. En fin d'après midi, après la route bordée
de paysages printaniers; entre oliviers, pinèdes et figuiers
de barbaries, nous arrivâmes à Agrigente à l'Hôtel Les
Trois Tours.
Le
repas fut sensas et s'apercevant de notre intérêt
pour la chose vineuse, le maître d'hôtel, sommelier
de réputation en Italie, nous fit goûter de belles
bouteilles, dont le Chardonnay de Planeta 1999 et le rouge 1997
du Duco di Montalbo (100% nero d'avola). Une autre bouteille de
Planeta nous accompagna le soir près de la piscine pour
une douce nuit illuminée d'étoiles!
Une excursion aussi matinale
que rapide nous fit admirer la très visitée Vallée
des Temples, site admirable avant l'arrivée des cars de
touristes tous passionnés d'archéologie! Il faut
dire que nous étions mercredi et nous avions notre premier
rendez-vous à Sambucca de Sicilia au Domaine Planeta.
Reçus très gentiment par la signora Claudia Gargano,
en français s'il vous plaît, nous appréciâmes
une dégustation très pro des meilleurs
vins de cette cantina réputée dans le monde entier.
Chardonnay, cometa (100% fiano), merlot, syrah, le
burgelese (assemblage bordelais), tout est superbement bon
chez Planeta... et en plus c'est beau. On reviendra!
Après un pique-nique
improvisé nous prîmes la direction de Marsala pour
une visite au domaine Donnafugata . Située en plein
centre de la ville, c'est une winery très moderne, remarquablement
organisée et décorée. Les vins y sont classiques,
vinifiés et élevés à la française.
Nous avons surtout aimé la Chiandorla del merlo (chardonnay
et ansonica) "Tancredi" (nero d'avola et cabernet), le
mille y una note (100% nero d'avola) et Ben Ryé le
moscato passito venant de l'île de Pantelleria.
Le lendemain retour à Marsala
pour une visite de la cantina Florio, installée au début
du XIXeme qui perdure à faire les fameux vins liquoreux,
surtout exportés au États Unis... La cave est superbement
conçue pour la visite, on y découvre un musée
d'outils anciens, et le guide vous montre des tonneaux et foudres
pleins depuis plus d'un siècle.
De retour vers Palerme,
nous fîmes étape à Segeste. Enrobé dans
un écrin de nature, on y découvre un des temples
grecs le mieux conservé. Encore un lieu magique et émouvant.
C'est en fin d'après
midi que la boucle fut bouclée et que nous arrivâmes à Palerme.
Il faut dire que nous étions dépêchés
car nous voulions mettre notre nez à l'enoteca boutique à vin
réputée de la capitale. Nous y entrâment comme
dans un temple. Des bouteilles partout sur les murs débordant
des étagères en bois, des petites salles, déjà remplies
de palermitains de tout âge venant après le travail,
déguster un bon verre de vin devant un plateau de charcuterie.
Quelle ambiance et que de flacons, tout le gratin de la Sicile
et de l'Italie, quelques vins français (et non des moindres)
et étrangers... La huitième merveille du Monde! inutile
de préciser que les cartes bleues ont fonctionné à fond
!
Pour le dernier soir,
l'hôtel en plein centre permit aux moins fatigués
une dernière visite nocturne de la ville. Ambiance, bar
musical et glaces italiennes... on serait bien resté quelques
jours de plus.
Vendredi, l'avion nous
attendait et le retour fut impeccable, nous laissant le grand souvenir
d'une semaine vécue intensément.
